LE DIALOGUE INTERIEUR
- scakhepri
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La vie de Roudou n'était pas un assemblage de détails insignifiants. Il ne vivait pas sous le règne de Ramsès IX mais sous celui des jets qui permettent de se propulser en quelques heures des zones surpeuplées de la planète à la singulière ataraxie des déserts de L'Egypte.
Voici ce qu'il note dans ses carnets au fil de ses périples au royaume des cénotaphes :
Certains Egyptiens d'aujourd'hui sont conformes à l'idée qu'on se fait de leurs Ancêtres. D'autres ne se doutent même pas qu'ils ont vécu dans l'Antiquité pharaonique.
Dans le hall aseptisé du nouvel hôtel d'Abydos j'ai regretté la crasse et les moustiques de l'ancien fonduk où les moquettes souillées de l'entrée pouvaient à l'occasion servir de couvertures. Une honorable voyageuse suisse trouvait cela un peu fort.

Kemet sert à illustrer le thème de l'attente, du brusque surgissement d'images, d'odeurs, de sentiments, d'impressions échappées du premier tiers du Nouvel Empire. J'étais heureux en ce temps là.
Le nez dans le sable, j'étais un Shemsou refusant de mourir dans la lumière si douce du crépuscule. J'ai bien combattu. Le roi, à titre posthume, me donnera l'Or de la récompense et quatre mouches d'argent.
Certes la médiocrité existait déjà mais elle était plus langoureuse, plus en phase avec la nostalgie d'exister dans un royaume promis à un destin mirobolant.
Les artistes de Kemet n'ont pas élevé des stèles en l'honneur de leurs dieux de leurs rois. Ils ont plutôt façonné des scarabées porteurs de toutes les promesses. Splendides, ils marchent, volent, explorent des territoires qui n'existent pas encore ou dans une autre dimension.
Il s'abimait dans la contemplation des ombres qui, la nuit venue, prenaient possession de tous les recoins du temple, les rendaient disponibles aux hypothèses les plus audacieuses. Les Ombres rôdaient aussi dans la salle du trône et dans la chambre du souverain.
Djéhouty apprit à chaque espèce d'oiseaux à parler une langue particulière. De sifflement en trilles, en roucoulements, ils finirent par ne plus se comprendre. Alors l'ibis divin leur révéla que le plus performant des moyens d'expression était le silence mais, quand ils se taisaient, un séisme était imminent.
S'efforcer de vivre comme si on pratiquait en permanence un exercice spirituel. Facile à dire mais il ne faut pas oublier que l'Esprit souffle où il veut et se moque des portes, des claustras, des fenêtres, des trappes et des accident sur le chemin.
Roudou avait choisi de vivre sous une falaise menacée d'effondrement. Encore une tempête et tout glisserait dans la pente. Qui se souvenait que cette steppe était autrefois une chaîne de montagnes ? Inpou reste un Veilleur de l'extrême. La vie est une suite de ruptures. Assis sur un vieux canapé, on déguste un roman policier bien ficelé rédigé dans un style à la fois rocailleux et limpide. On n'entend pas les craquements de la maison.
Roudou appartenait à une Société secrète qui savait remettre les choses à leur place, là où on ne s'attendait pas à les trouver. Il s'émouvait de la beauté d'une amulette en ivoire d'hippopotame, du sourire d'une statue ayant atteint l'âge vénérable des Sages de Kemet, membres d'une confrérie où s'opéraient des transmutations.





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