VISIONS DE LA DOUAT
- il y a 2 jours
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A certains moments du jour, le temple arrête de respirer. Ici, j'apprécie seulement les choses qui ne sont plus visibles, dissimulées dans les angles morts. J'écris pour nourrir ma liberté intérieure. Dans certains secteurs de la Douat rien d'autre que le roulement du tonnerre et des têtes coupées posées sur un pilier Djed.
J'ai préparé une tombe pour le père que je n'ai pas connu. Il dort, caressé par le parfum du sable si particulier submergeant les nécropoles. Les nomades fuient les lieux clos que sont les nécropoles. Aucun d'eux ne pénètre dans la Douat à la différence des Kémitiens pour qui elle est la véritable patrie où il est impossible de fixer la lumière, de capturer les sons venus d'ailleurs. Je cherche les traces laissées par les Loups noirs.
Dans la Douat les visions se font plus nettes quand on prend un peu de recul pour ne pas avoir à mesurer les dimensions d'une éternité où rien ne s'achève, ne recommence.
Tout alla bien tant qu'un dieu mal inspiré n'invente la notion de mort, les fausses lumières et les ténèbres qui la cernent. Les leçons du mystagogue restèrent sans effet. Aucun de ses mystes ne comprit la différence entre la Douat et ce qu'elle n'était pas. Certains passages du Livre des Cavernes semblent avoir été écrits pour rester inexplicables.

Les Morts doivent être chassés d'une maison où il ne peuvent rester longtemps s'ils sont des voyageurs au long cours.
Dans le Livre de ce qu'il y a dans la Douat, le double sens des mots, la préciosité de la syntaxe, les répétitions en apparence inutiles occultent le sens véritable du texte qui reste attaché aux énigmes récurrentes troublant le lecteur vivant ou mort. Il génère des brumes s'élevant au-dessus des marécages immobiles, flottant parmi les roselières et les souchets.
Le Fils de Hapou tient ce livre pour un remarquable traité de désorientation où même les dieux et les ibis mangeurs de serpents finissent par se perdre et par nous égarer.





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