ÊTRE AILLEURS
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Beaucoup de temps était passé depuis mon premier séjour en Egypte. Parfois en accéléré, parfois au ralenti, en prenant le temps de lier conversation, en s'acharnant à rater toutes les occasions de rencontres, d'échanges affectueux. Les villes avaient changé, les temples anciens déplacés pour échapper à la montée des eaux.
Sur une place du Caire, près du fleuve, une statue de Bolivar avait remplacé celle du roi Farouk. Je m'acharnais à faire le vide mais j'étais rattrapé par des escouades d'images que je pensais définitivement disparues. Ce fatras de souvenirs ne pouvait me laisser indifférent , surtout quand je fermais les yeux. Je me laissais guider par les trainées de salpêtre rongeant les murs, les marches d'escaliers, le visage des statues ayant perdu la protection du sable ou du limon.
Le dieu à tête de chien revient dans les soir qui tombe. Qui pourrait me laisser croire que les dieux de Kemet sont morts alors qu'ils se tiennent en embuscade dans une palmeraie, un bosquet d'acacia, un hermaï planté au bord d'un chemin. Je m'étais habitué à ne plus en vouloir aux ténèbres, à apprécier les aubes brumeuses d'Amarna. Je souhaitais simplement que tout ne passe pas trop vite.

Si j'étais un dieu, je dirais : L'éternité change les apparences imperceptiblement, déplace sans bruit les repères, modifie la température des pierres qui dorment en profondeur. Je suis attentif à ne pas rompre avec l'Esprit des lieux, à rester le plus volatil possible, transparent.
Je suis en Egypte parce que je ne saurais être ailleurs que dans cette zone d'effleurement.
Ici, on apprend à s'orienter dans la géographie dédalique de la Douat où le feu couve sous le basalte.
Je me suis souvenu à temps que ce royaume était peut-être un rêve.
Quand je dis Egypte je vois six mille ans d'histoire, je pense aux grandes oeuvres, non seulement aux pyramides mais à la science. Ce que les Egyptiens savaient concernant la chirurgie, les drogues, l'hypnose, l'astronomie, les mathématiques, est absolument fabuleux.
Henry Miller, Flash-Back.





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