UN AUTRE MODE D'EXISTENCE
Avant, je trouvais malin de chercher le centre d'une ville, d'un ensemble monumental, d'un héros de fiction, d'une forêt évoquée par Dante.
A présent, je préfère repérer le Vide qui ne permet pas l'émergence du visible, la pollution de la pensée, la négation de l'ataraxie géométrique.
Les Egyptiens furent habiles à déconstruire le réel quand il ne génère que des banalités. Rien de plus commun que la typologie d'un désert sans relief ou d'un fourré de papyrus où déambule un ibis noir et blanc.
Dans un texte hiéroglyphique, le plus intrigant est l'espace entre les signes. Sans lui, ils ne respirent pas, ne peuvent pas prendre leur envol.
Le passage du hiéroglyphique au hiératique puis au démotique est une maladie dégénérative, un dévoiement de la pensée première, le début de la fin, un lent empoisonnement, une involution.

Les codes changent, les références ne sont plus les mêmes, les structures de la pensée évoluent souplement, sans précipitation. Le regard des statues devient une frontière insaisissable.
Chaque société a sa notion de l'ordre, du désordre, du classement, du rangement, de l'harmonisation des contraires ou des complémentaires. Dans le Double Royaume, on prend en compte ce qui ne se plie pas aux règlements trop rigides, ce qui est planté au mauvais moment, à l'endroit inadéquat.
En Egypte, le sacré l'emporte toujours sur le profane, les gestes rituels sur les mouvements ou déplacements insignifiants.
La nuit, je me lève souvent, je sors dans le jardin pour admirer la Lune ou renoncer à compter les étoiles. J'ai promis à Bès de ne plus entrer par effraction dans le temple.






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