LE PSYCHAGOGUE

Tu peux d'abord te laisser séduire par le dieu puis t'efforcer d'échapper à son emprise. Il est un moment de répit et non un havre de paix qui durerait une brève éternité.
Ne te fais pas une idée trop précise de la perfection. Elle persiste tant qu'elle est fluide et n'impose pas de contraintes. Elle s'estompe si on ne lui offre pas de résistance. Le dieu de Memphis est parfait parce qu'il boite et vit au milieu des Patèques, de jeunes avortons aussi agiles que les flammes au-dessus du creuset.
Je ne t'ai pas encore tout dit sur la Mort, je préfère aujourd'hui parler des nécropoles, embarcadères vers un ailleurs que nous avons de la peine à imaginer. Le trépas est une des étapes de l'initiation. On y accède par les tombes creusées dans les montagnes et les falaises. La mort est sauvage et douce. Nous pensons qu'elle est définitive alors qu' il s'agit d'un moment de passage dont les perches des sondeurs peinent à évaluer la profondeur. On doit pouvoir éprouver du plaisir à être mort, un état qui n'entrave pas la course du scarabée, esprit minuscule et considérable des nécropoles désertiques.
En arrivant à destination certains défunts sont dans un état d'épuisement extrême, d'autres se sentent si bien qu'ils sont persuadés de ne pas être morts et que l'aventure ne fait que commencer. L'après vie est aussi soumise aux lois de l'adaptation.
J'ai du mal à m'endormir, Houy, quand je repense à tout ce que tu racontes à un garçon qui n'est plus un humain ordinaire, l'habitant d'un royaume à la fois visible et invisible.
Qu'as-tu à me dire pour me rassurer ?
Je ne suis pas là pour te rassurer. Je sais que tu ne tiendras aucun compte de mes conseils. Tu es un scribe royal. Nous sommes dans un jardin, des oiseaux volètent dans les grands arbres au-dessus de nous. Nous ne serons jamais plus heureux. Quand la nuit reviendra, réfugie-toi dans ce jardin où je t'attendrai à l'ombre des sycomores.





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