OUROBOROS


OUROBOROS, SED M RO se mordant la queue est le plus célèbre et le plus énigmatique des serpents égyptiens à être passé dans le monde hermétique et alchimique où se déploient images, commentaires et textes à méditer.
Ouroboros exerce une influence dans la Magie, la Gnose, l'alchimie, bien au-delà de l'Egypte. La physique moderne pourrait le choisir comme hiéroglyphe pour exprimer le continuum espace-temps. Erik Hornung.
Il apparaît dans le Codex Marcianus au XIe siècle.
UN EST TOUT ET EN TOUT ET POUR TOUT,
SI UN NE CONTIENT PAS TOUT, TOUT N'EST RIEN.
Ce serpent noir et blanc illustre l'axiome EN TO PAN, Tout est dans Tout.
Il est la durée de vie du cosmos.
Sur le plan spirituel, il représente une conception appelée Cercle herméneutique. Celui qui apprend progresse et celui qui progresse désire encore apprendre jusqu'à ce qu'il se soit complètement renouvelé et entreprenne des métamorphoses incessantes et jamais abouties.
Ouroboros, le Gardien du temple de la Connaissance, correspond au sceau hermétique, la marque du secret de l'Oeuvre parce que la fin rend témoignage au commencement. Tout passe et change dans le monde, est soumis à un perpétuel devenir, rien ne meurt, rien ne disparaît.
TEMENOS : L'Ouroboros décrit un cercle magique délimitant un espace tabou ou téménos.

TEMPS : L'homme dans la spirale du temps s'autodévore, devient le vampire de lui-même, happé par un temps toujours palpitant.
Le serpent Ouroboros dont le commencement est la fin et la fin le commencement.
Chrysopée de Cléopâtre.
Pour l'Egypte, Ouroboros est l'éternité Neheh, principe de lumière.

EGYTPTE

En correspondance avec Sarapis, Osiris momifié, le nain Bès, le serpent cosmique Sito ou encore le métal électrum, assemblage naturel d'or et d'argent.
SITO, serpent de Thot-Hermès, meurt et renaît tous les jours dans les régions les plus reculées de l'univers.
Symbole de pouvoir et de perfection. Chacune de ses mues permet de franchir un autre degré dans la démarche initiatique.
Le volatil Amon est le netjer qui permet d'entrer en relation avec les plans supérieurs du cosmos.
Neheh-Djet : la durée éternelle du temps
NEHEH = Rê, jour, lumière, futur, retour cyclique.
DJET = Osiris, nuit, monde souterrain de la Douat, aspect statique du temps.

ALCHIMIE

Le serpent dévore sa queue, se mange lui-même, le feu et lui devienne un seul.
Ouroboros symbolise l'état originel du chaos indifférencié où tout se mélange dans une unité totale.
Le venin du reptile est un levain. Son action est double par le Feu de sa gueule et le venin de sa queue.
Le dragon dévorant sa queue, c'est la matière de la pierre lorsqu'elle circule dans le vaisseau philosophique. Dom Pernety.

L'Ouroboros alchimique incarne l'unité de la matière qui, en suivant le cycle du temps, se déploie en une multitude de formes pour ensuite être absorbée à nouveau par elle-même.
Tout l'Oeuvre se trouve dans le Mercure auquel on attribue le hiéroglyphe du serpent Ouroboros qui symbolise à la fois l'unité de la Matière et le Sujet des sages dans lequel toute chose se trouve.
S'il a réussi l'accomplissement du Grand Oeuvre, l'adepte de l'alchimie découvre l'unité fondamentale du réel, l'identité des lois régissant l'univers, aussi bien les grandes choses que les petites.

La queue marque la partie volatile, la tête la partie fixe.
Son corps isole le monde du chaos.
Le cercle incarne l'éternel retour, le mouvement perpétuel qui repasse sans cesse par les phases de vie et de mort.
Il est le principe et la finalité de l'Oeuvre.
Il est la succession des distillations et des coagulations.
MARCELIN BERTHELOT
Voici le mystère : le serpent Ouroboros, c'est la composition qui dans son ensemble est dévorée et fondue, dissoute et transformée par la fermentation. Elle devient d'un vert foncé et la couleur d'or en dérive. C'est d'elle que dérive le rouge, appelé couleur de cinabre. C'est le cinabre des Philosophes.
NICOLAS FLAMEL
Les Egyptiens ont peint le serpent en un rond, la teste se mordant la queue, pour dire qu'ils estoient sortis d'une même chose et qu'elle seule se suffisoit, et qu'en son contour et circulation elle se parfaisoit.
MACHADO DE ASSIS
Déchiffre-moi ou je te dévorerai.
Mémoires posthumes de Braz Cubas.
TAROT

Ouroboros dans le tarot correspond à la Roue de Fortune qui est la lame ou arcane de la Réincarnation.
NOTES DU SCARABEE
En tournant sur lui-même, l'Ouroboros rend le temps volatil, improbable.
Oserons-nous dire qu'il lui donne enfin un sens.
Tant qu'il n'y aura pas de ruptures il ne risque pas d'être délivré de sa prison temporelle.
Serait-il la texture invisible du temps débarrassé de sa lourdeur ?

Je ne peux quitter des yeux ce prodige vivant, ce monstre dévorateur se nourrissant de sa propre substance.
Il est plongé dans une sorte de transe qu'il ne pourra jamais interrompre.
A un moment, j'ai entrepris de le tuer en cessant de collecter sur lui des notes, des indices, des hypothèses, en le transférant à la périphérie, en le noyant sous une avalanche de synonymes, d'images maquillées.
Quand l'Empire égyptien commença à s'effondrer, le serpent mirifique se réfugia dans le naos d'albâtre d'un temple en décalage où je trouverai refuge pour apprendre à bien me comporter avec la Mort et à bien gérer l'usure du temps.
Ouroboros nous rassure : Nous ne pouvons pas mourir ou alors pas tout de suite. La digestion du gros serpent est très lente.

J'éprouve une sorte de tendresse pour les monstres, Ouroboros occupe une place de choix dans mon esprit déviant. Il tourne en boucle d'une façon discrète mais ô combien efficace.
Rien n'est vraiment important quand le mécanisme du temps est en roue libre.

Dans une abbaye catalane du XIVe siècle, alors que le gothique devenait flamboyant, un moine rédigea un traité très complet sur l'Ouroboros. Une histoire sans queue ni tête pour servir de thériarque à ceux que le temps précipite dans des abîmes de perplexité et d'angoisse existentielle. Tout irait mieux si nous avions l'assurance d'être éternels et non soumis à la brutalité des changements.
Depuis que je sais que le Serpent dort dans mon lit je ne fais plus de cauchemar sur l'écoulement du temps avec ses enchevêtrements de petits évènements sans importance ou tellement énormes qu'ils passent inaperçus.
Ne quittez pas des yeux les images de l'Ouroboros. Elles finissent par capter l'attention, imprègnent l'inconscient et toutes les zones qui n'ont jamais été explorées. Ce sont des images de grimoire saturées de magie encyclopédique sauvées de l'oubli par les fervents bibliothécaires du Museion d'Alexandrie. Remercions-les pour la qualité de leur érudition et l'audace de leurs pensées et de leurs rêves.
L'Ouroboros me dévore vivant mais je ne ressens aucune douleur qui pourrait passer pour un anéantissement. Il ne respire pas dans un temps ordinaire. Quoiqu'il en soit, rien n'est jamais pareil, la gratification succède à la menace.






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