LE TEMPLE EN SUSPENSION
Je ne trouvais pas le monde assez étrange parce que je ne croyais plus à ce qui se cache derrière les apparences. Cette erreur d'appréciation aurait pu m'être fatale, j'ai failli périr d'ennui.
Dans le temple, les statues se déplacent quand personne ne les regarde, les sphinx baillent, les spectres des rois hésitent à sortir de l'ombre.
La nuit, les anomalies se multiplient, les chats sacrés évitent certaines zones sensibles du temple et surveillent sans cesse toutes les issues. Ils observent ce qui se déplace en filigrane dans les couloirs et les chapelles entourant le naos. Ils marchent à angle droit et feignent de trouver que tout est normal, à sa place, rassurant.

Dans un espace sacré aussi vaste que Karnak-Ipet- Sout, il est facile de perdre le sens de l'orientation, de se laisser abuser par l'inattendu. Il est parfois impossible de remonter vers la source, d'identifier l'origine des bruissements, l'art des alignements.
La nuit, les dieux solaires se dissimulent dans des recoins obscurs, les dieux lunaires se déplacent dans une lumière surnaturelle, une multitude de divinités secondaires veille à l'entretien des bas-reliefs, à l'ordre des hiéroglyphes, au maintien de l'équilibre des colonnes.
Règle de base : éviter dans le temple une trop grande dépendance affective mais se résoudre à être débordé par l'émotion devant les manifestations surnaturelles qui se produisent à un rythme irrégulier.
Rien n'est perdu tant que le temple est en suspension et encore tributaire des cultures anciennes qui prennent en compte la science de l'inexactitude.





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