J'AIME L'EGYPTE
J'aime l'Egypte pharaonique parce qu'elle n'a pas de livres sacrés et rejette les dogmes qui sont autant de prisons mentales et de pièges spirituels. La multiplicité de ses divinités m'enchante. Ses dieux veillent sur les chats, les oiseaux, les serpents, les crocodiles, les métaux, les arbres, les pierres, les étoiles et les infinies variations de la lumière.
Ses temples ne sont pas des lieux de prière mais des athanors où se distille le divin dans le parfum des résines de Pount.

J'aime l'Egypte qui aligne ses pyramides sur l'horizon. Ses monuments à l'architecture savante ne sont pas des tombeaux mais des lieux d'intense concentration énergétique, des points de rencontre entre le Haut et le Bas dont parle la Table d'Emeraude.
Aucun pont ne vient griffer le fleuve, les faucons horiens montent toujours plus haut dans le ciel. J'aime suivre les canaux d'irrigation qui sont les veines du royaume où coulent des fluides bienfaisants pour rafraîchir le corps d'Ousir et ses 9 Constituants.
Je suis resté longtemps, peut-être pendant des siècles, dans cette cabane de roseaux au milieu d'une île où vivait le Maître des Enigmes qui répondait parfois à mes questions.
Lors des périodes d'occultation, Kemet ne dort pas mais prépare l'avènement de nouveaux rois, plus beaux et plus accomplis que les précédents.
J'aime l'Egypte qui repousse les destins contraires, les hasards malheureux, les manifestations trop brutales de la matière habitée par la mort et qui s'approche sans faire de bruit.
Le prince marche sur les chemins sableux de la Douat en récitant des formules incantatoires destinées à ceux qui nous ont déjà quitté. J'aime les rituels funéraires de Kemet qui rendent glorieuses les disparitions trop rapides. Tombes ouvertes sur un infini sacralisé par la beauté des gestes et la douceur des formules.
Les rituels sont une création de déesses telles Maât, Aset, ou Seshet. Ils permettent d'approcher au plus près la divine proportion. J'aime les rites de Kemet quand ils m'investissent, me rendent plus perméable aux mystères de l'existence, plus en phase avec les étoiles de la Constellation de la Carène.

J'aime l'Egypte quand elle dépose au fond de moi des sédiments venus des origines de l'univers, de l'espace-temps où naquit le Soleil amarnien.
A chaque pulsation la séduction devient plus intense. Demain, on couronnera un nouveau roi. Les eaux du Noun remonteront à la surface.
Kemet serait-elle une mer sans rivage ?





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